Harvestime « Head for a Fall » Album
enregistré & mixé par Romain Sarrat
Chronique de l’album Head for a fall par Hubert Jaulin
Avril 2026
Le temps de la récolte est venu !
Après avoir passé des mois à s’appliquer à planter les graines d’un album, s’être échiné à construire une cohérence avec authenticité et minutie, la sortie d’un album sonne à la fois comme une finalité et le début d’un nouveau chemin.
Harvestime, groupe bordelais de metal a choisi un artwork d’album qui semble représenter ce long chemin qui mène à un avenir souriant.
Head For a Fall, sorti en septembre 2025 est le fruit de 4 membres engagés. Au chant on retrouve Jessica qui explore aussi bien la fragilité que la puissance et l’assurance. Elle est accompagnée par un guitariste, Eric, porteur de mélodies nostalgiques et de riffs conçus pour satisfaire tout.e bon.ne head-bange.use.r qui se respecte !
On retrouve sur la section rythmique Damien à la batterie virevoltante (qui a cédé la place à Yaël récemment) et un impressionnant Florian à la basse.
Roses of Dispair
Le premier morceau de cet opus « Roses of Dispair » démarre par une intro bucolique teintée de nostalgie d’un temps calme révolu. Le texte démarre et confirme cette impression. On y entend Jessica s’interroger sur ce qui ne va pas chez elle dans sa relation avec celui ou celle à qui elle s’adresse.
A celles et ceux qui imaginent la jeune femme éconduire son interlocuteur.ice en mode « ce n’est pas toi qui ne fait pas ce qu’il faut, c’est moi » peuvent commencer à ranger leur empathie doublée de jugement viriliste pour cette femme qui « ne se sent pas assez bien pour l’autre ». T’as cru que tu écoutais un groupe de dark romance ?
T’inquiète, Jessica s’échauffait. Ça tombe bien, le groupe faisait de même. Fini le son très pop mélodique. Après une belle harmonique à la guitare, tout le monde s’énerve. Ça balance du gros son, une rythmique sèche et définitive et la descente d’un demi-ton en fin de phrase change le décor. La victime n’est pas du côté que l’on croit. Jessica a des comptes à régler et son interlocuteur.ice n’a pas voix au chapitre. « if I hurted you, then I let you hill ». C’est clair ?
Ce premier morceau pose de suite les bases de leur musique. Pas de concession. Pas d’accord. C’est cash macache !
Allez Harvestime, envoie la suite, je suis tout ouïe !
All Liars
Le second morceau All Liars ne prend pas de gants pour envoyer direct ! Un break de batterie et tout le monde rentre dedans. Le riff principal, saccadé et porté par une belle descente tire tout le monde vers le grave (« Le grave c’est la vie » aurait pu dire Karadock s’il avait vécu un temps où on pouvait électriser les luths) !
C’est le moment de mettre les poings, non pas sur les i, mais dans la gueule de ceux qui se permettent de nous vendre un narratif perverti de la réalité. Les menteurs peuvent aussi bien être des quidams lambda que des puissants, si tu mens tu prendras ton retour de bâton, sans doute lancé avec force et précision par le groupe
L’ambiance musicale est au diapason pour envoyer sa sentence. La section rythmique est imparable pour soutenir le riff gras du guitariste.
Le premier pont soutenu par un petit passage de slap bien senti qui enchaine sur une liaison calme et progressive à la guitare semble préparer à l’estocade finale que Jessica répète « Let’s pretend it is not all true ». Comme une inversion des rôles. Alors menteur, prouve que je mens !
Je déclare Harvestime vainqueur par K.O.
Lupa
Lupa, troisième titre de l’album, évoque un combat perdu d’avance où seule la fin est espérée tant la lutte est douloureuse (pas la fin du morceau, hein… de la vie de son personnage. Merci de faire un petit effort pour me suivre sinon ça va être long. Je sais ce n’est pas l’plus simple). Si la joie n’est pas convoquée, la musique qui accompagne le morceau ne ressemble en rien à un renoncement. On y ressent une certaine urgence appuyée par la basse qui suit le riff de guitare tout en appuyant cette course vers une issue espérée. La batterie saccadée et précise renforce encore ce sprint. Les couplets sont intenses et très efficaces. Les refrains désespérés au chant eux sont plus mélodieux comme l’issue presque heureuse qu’ils évoquent. Le pont est superbe, profond et prenant toute la place au diapason des pensées qui semblent tourner dans la tête de Lupa. Le dernier refrain est sublimé après ce pont tendu et très rythmique. Son côté plus mélodique donne un sentiment de sérénité et d’apaisement à la fin du morceau. Bien vu !
Head for a Fall
Vient ensuite Head For A Fall que je comprends comme un hymne à la prédétermination. SI tu pars en victime, n’espère pas être autre chose. Le tout est envoyé comme une description factuelle sans proposition de solution. Harvestime n’est pas là pour ça. Si tu veux changer, sors toi les doigts et fonce. En tout cas, musicalement c’est aussi direct que l’uppercut du texte pour celui ou celle qui en est destinataire. Notons la fin du morceau encore plus percutante avec un rythme du chant aussi syncopée et précis qu’une rafale définitive lâchée à bout portant.
The Line
Passons ensuite à The line et allons-y avec gourmandise parce qu’il en faudra pour apprécier les multiples couches de sons du morceau. Les riffs s’enchainent, les structures rythmiques sont toutes plus entraînantes les unes que les autres. Quelle générosité ! Le morceau est un banger ! Voilà un batteur qui a moyen de finir crevé à la fin du morceau. La syncope est à l’énergie rock ce que l’autotune est au manque de talent. Mention spéciale aux chœurs discrets mais bienvenus sur les refrains.
Darkside
Darkside prend la suite. Le morceau évoque la course infernale du temps et notre difficulté à faire pause même si ça ne serait pas une mauvaise idée. La guitare évoque bien cette inexorable boucle ultra rapide. La basse et la batterie semblent tenter de lutter contre ce cycle infernal. Pourtant au moment des refrains, on sent bien que le combat est perdu et tout le monde tente de s’aligner dans la souffrance pour suivre le rythme effréné imposé. J’aime bien ce sentiment de cohérence entre l’histoire racontée par le chant et celui exprimé par les musiciens. Au passage la virtuosité des musiciens explose une fois de plus.
Propaganda
Propaganda démarre sur un riff de gratte qui sent bon le stoner. Mais dès qu’il est rejoint par la section rythmique, le stoner a fui sans demander son reste face à un métal qui sort comme un diable de sa boîte. Il y a un côté néo métal dans le son compressé de la basse qui colle tellement bien au morceau. Le refrain me prend par surprise. Jessica se double elle-même et on glisse vers un métal teinté de pop pour l’occasion. Le mélange est aussi surprenant et intéressant qu’une vodka – calvados. Jessica, au chant, fait « all-in » sur l’indépendance des femmes. Elle le fait en hurlant pour que le message soit bien compris. Elle ne demande pas la permission pour rappeler que ce sont aux femmes de choisir ce qu’elles veulent, elle est prête à jouer son rôle pour que ce soit bien clair pour tou.te.s !
Predator
Predator commence avec un riff de basse au son magnifique. Les notes aigües des cordes semblent avoir été captées par un micro posé devant l’instru pendant l’enregistrement. Une nouvelle fois ce son me renvoie à des groupes de néo métal ou fusion des années 90. La basse est rejointe par les autres instrus pour envoyer du gros son. Je vais me permettre à cet instant de partager un regret. Celui que l’album ne soit pas masterisé pour éviter cette baisse d’intensité d’un signal trop limité pour donner toute sa place à chaque musicien. J’imagine la claque en live ou sur un support qui ne compresserait pas le signal global de tous les instrus…
Le morceau évoque l’excitation macabre d’une chasse et la voix autant que les instrus portent ce côté un peu sale de ce « hobby ». La vitesse, la ruse, l’excitation sont palpables et le tout fonctionne parfaitement.
Utopia
Utopia, le morceau suivant évoque aussi bien les jeux d’argent que la société ultralibérale qui te donnent l’impression de gagner sans que tu ne sois complètement dupe. « Le casino gagne à chaque fois ». Musicalement nous retiendrons ce pont un peu jazzy qui renforce le côté « entertainment » que semble dénoncer le morceau. Tout le reste n’est qu’efficacité des musiciens et de leur chanteuse.
Glass
L’album se conclue sur Glass qui me rappelle instantanément l’énergie du groupe No Doubt et sa synthèse de rock, de pop, teintée de reggae. Ok, la comparaison s’arrête dès la fin des couplets mais il y a dans ce riff de guitare quelque chose dans cet esprit et c’est pas mal. Les refrains sont eux beaucoup plus droits et radicaux. Le propos semble évoquer nos fêlures et le besoin de s’en accommoder. Pour cela les musiciens semblent se déchainer pour donner l’impression qu’il n’y a pas de place pour trop s’appesantir là-dessus et profiter à fond. Cette urgence à vivre est illustrée par la seconde partie du morceau sans répit. On fonce et on verra bien !
Que ce soit dans les textes ou dans certains sons du groupe, la philosophie punk n’est pas très éloignée. Elle n’est pas conviée pour « faire genre » et sait se montrer discrète mais elle ajoute un petit supplément d’âme aux morceaux. Souhaitons que les prochains messages de Harvestime rugissent et soient partagés largement.
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